Tracky vs Shine

Deux moments poussent un utilisateur de Shine à chercher ailleurs. Le premier est arithmétique : Free et Start sont mono-utilisateur, il faut donc passer en Plus à 20 € HT/mois dès la deuxième personne — Plus reste à un accès inclus, chaque accès supplémentaire coûtant 5 € HT, soit 20 + 2 × 5 = 30 € HT/mois à trois, et 60 € HT/mois en Business pour des accès illimités. Le second arrive au pire instant : en préparant la clôture du compte, on découvre que l’outil de facturation est adossé au compte bancaire, et qu’à la fermeture les accès disparaissent immédiatement, factures comprises.
Cette page compare des faits, pas des intentions. Shine fait très bien une chose que Tracky ne fait pas du tout : tenir un compte professionnel, avec IBAN français, cartes Mastercard, dépôts d’espèces et de chèques. Tracky n’est pas une banque. La question n’est donc pas « lequel remplace l’autre », mais où doit vivre la gestion de votre activité : dans l’application de votre banque, ou dans un outil qui couvre le client, la vente, les projets et la conformité.
Comparatif établi à partir des offres publiques et des centres d’aide des éditeurs, relevé en août 2026. Les grilles changent — vérifiez côté éditeur avant de décider.
Le périmètre, point par point
| Sujet | Tracky | Shine |
|---|---|---|
| Compte bancaire pro | Hors périmètre : Tracky n’est pas une banque | Cœur du produit : IBAN, cartes, espèces, chèques |
| Devis et factures | Illimités sur tous les plans, dès Solo : acomptes, signature des devis, bons de livraison et bons de commande. Facturation récurrente dès Pro | Illimités ; base clients plafonnée à 5 en gratuit |
| E-facturation 2026 | Iopole, plateforme agréée ; Factur-X, UBL, CII générés, transmis et reçus | Plateforme agréée immatriculée ; réception opérationnelle, émission « encore en développement » |
| Dépôts sur la plateforme agréée | 0 pendant l’essai, 250/mois en Solo, 1 000 en Pro, illimité en Infinity | Annoncés illimités, émission indisponible à ce jour |
| CRM, prospection, campagnes | Clients et leads dès Solo ; prospection, séquences, emailing et réseaux sociaux dès Pro ; SMS, WhatsApp et Messenger sur Infinity. Boîtes mail pro en option à 5 € HT/mois par boîte | « Facturation basique, pas de CRM » (analyse indépendante) |
| Projets, planning, suivi du temps | Projets, tâches, chantiers, temps, agenda dès Solo ; congés et export de paie dès Pro | Hors du périmètre documenté |
| Notes de frais, trésorerie, OCR | Dès Solo : notes de frais, dépenses, connexion bancaire et rapprochement, scan intégré, export FEC et journaux | Catégorisation, TVA ; OCR de 10 à illimité selon palier |
| Sites, domaines, portail client | Sites vitrines et portail dès Solo, boutique et commandes dès Pro ; domaines au prix coûtant sur Infinity, commission de 7 €/an sur Solo et Pro | Hors du périmètre documenté |
| API publique | Oui, avec des clés à générer depuis l’application | Pas d’API publique en libre-service ; connecteurs partenaires négociés |
| Utilisateurs | Solo : 1 utilisateur. Pro : jusqu’à 5 sièges, plafond dur. Infinity : sièges illimités, 5 € HT/mois par siège dès le premier | Mono-utilisateur jusqu’à Start ; +5 € HT/accès en Plus ; illimité en Business |
| Essai et engagement | 14 jours, sans carte bancaire — la transmission à la plateforme agréée n’y est pas active | Sans engagement, 1ᵉʳ mois offert |
« Hors du périmètre documenté » n’est pas un reproche : Shine ne prétend pas être un CRM ni un outil de gestion de projet. La question est de savoir combien d’abonnements vous payez à côté.
Les prix, sans arrondi
Shine commercialise deux produits distincts : le compte pro, et Shine Facture — le logiciel seul, utilisable sans compte bancaire Shine. C’est l’ancien Zervant, racheté par Ageras en 2021, rebaptisé « Zervant by Shine » en octobre 2025, puis Shine Facture.
Compte pro, en HT, grille en vigueur depuis le 08/10/2025 :
- Free — 0 €/mois. 1 accès, 1 Mastercard Basic, 5 virements SEPA/mois puis 0,40 € l’unité, 2 remises de chèques.
- Start — 9 €/mois ou 108 €/an. 1 sous-compte, 30 virements SEPA/mois, 6 remises de chèques.
- Plus — 20 €/mois ou 240 €/an. 1 accès inclus puis 5 € HT par accès supplémentaire, 4 sous-comptes, 2 cartes Premium, 100 virements SEPA/mois.
- Business — 60 €/mois ou 720 €/an. Accès illimités, 10 cartes Premium, 500 virements SEPA/mois.
Shine Facture, sans engagement : Free à 0 € (devis et factures illimités mais 5 clients maximum, 10 OCR, ni conversion devis → facture ni pièces jointes, e-facturation « à venir ») ; Start à 9 € HT/mois (clients illimités, 20 OCR, acomptes) ; Plus à 20 € HT/mois (2 accès, OCR illimité, multi-devises, relances automatiques).
Tracky, même relevé d’août 2026 : Solo à 19,99 €/mois (199,90 €/an) pour un seul utilisateur ; Pro à 49,99 €/mois (499,90 €/an) jusqu’à 5 sièges, plafond dur appliqué côté serveur ; Infinity à 150 €/mois (1 500 €/an), sièges illimités, facturés 5 € HT/mois par siège dès le premier. On n’achète donc pas de siège pour dépasser les 5 de Pro : au-delà, c’est Infinity. Essai de 14 jours sans carte bancaire. Les noms de domaine sont au prix coûtant sur Infinity ; sur Solo et Pro, une commission de 7 €/an s’applique. Les boîtes mail professionnelles ne sont incluses dans aucun plan : c’est une option à 5 € HT/mois par boîte, sur les trois. Détail sur la page tarifs.
Deux mises au point sur les chiffres qui circulent. Les 11, 25 et 80 € cités par certains comparateurs ne se déduisent pas de cette grille : 9, 20 et 60 € HT donnent 10,80, 24 et 72 € TTC. Seul le premier tient comme arrondi TTC ; les deux autres viennent d’une grille antérieure. Et l’offre gratuite n’est pas limitée à « 3 factures par mois », la limite portant sur le nombre de clients (5).
Enfin, l’abonnement n’est pas le prix payé : 0,40 € HT par virement SEPA hors quota, 2 € par remise de chèque hors quota, 2 à 4 % sur les dépôts d’espèces (plafonnés à 9 500 €/mois), 1 à 2 % hors zone euro. Qui encaisse du liquide ou facture hors zone euro y perd l’avantage tarifaire.
« E-facturation incluse » : ce que dit Shine, ce que dit son centre d’aide
Shine est bien une plateforme agréée immatriculée par la DGFiP, et renvoie elle-même vers la liste officielle d’impots.gouv.fr. Le discours est clair : solution « 100 % gratuite », « aucun frais cachés », réception et émission incluses en illimité dans toutes les offres, y compris celle à 0 €, aux trois formats réglementaires.
Mais son propre centre d’aide écrit, à propos de l’émission : « Cette fonctionnalité est encore en développement. Elle sera disponible avant l’échéance de septembre 2027. » À la date de ce relevé, la réception fonctionne, l’émission pas encore — la grille de Shine Facture le confirme avec sa ligne « à venir ». Entre une source secondaire enthousiaste et un éditeur prudent sur son propre produit, c’est l’éditeur qu’il faut croire.
Chez Tracky, la transmission passe par Iopole, plateforme agréée. Le raccordement est inclus, sans surcoût. Factur-X, UBL et CII sont générés, transmis et reçus. Si le vocabulaire de la réforme reste flou, notre article sur ce qu’est une plateforme agréée remet les rôles en place, et la checklist de passage à l’e-facturation donne l’ordre des opérations.
Une précision, parce qu’elle est souvent mal lue : chez Tracky, devis, factures et avoirs sont illimités sur tous les plans. Ce qui se compte par mois, ce sont les dépôts sur la plateforme agréée — 250 en Solo, 1 000 en Pro, illimité en Infinity. À l’approche du plafond, Tracky prévient et propose le plan supérieur : il ne bloque jamais l’émission. Ce forfait de transmission est mutualisé, là où beaucoup facturent à l’unité.
Et puisque nous venons de reprocher à Shine une émission encore en chantier, l’honnêteté commande de dire ce qui se passe chez nous : pendant les 14 jours d’essai, le quota de dépôts est à zéro et rien ne part vers la plateforme. La différence n’est pas de nature — l’émission fonctionne dès l’abonnement — mais de calendrier : inscrire une marque à l’annuaire coûte 5 € HT à l’unité et demande quelques jours, le temps de vérifier l’identité du dirigeant et d’enregistrer le mandat. C’est la mécanique de la réforme, la même pour tout le monde. Si vous voulez voir une facture traverser la chaîne avant de trancher, comptez ce délai dans votre planning plutôt que dans vos quatorze jours.
Shine signale elle-même deux limites : seules les entreprises correctement inscrites à l’annuaire central peuvent émettre — avec des anomalies touchant les BNC — et le périmètre exclut les devis, le B2C, les fournisseurs étrangers et les professions exonérées de TVA.
Facturer, ou faire tourner l’activité
Shine vise un profil précis et l’assume : indépendant, micro-entrepreneur, profession libérale, TPE de une à cinq personnes, avec un volume modéré — les analyses convergent sur moins de 50 à 100 factures par mois. Dans ce cadre, tout est là : encaisser, catégoriser, facturer, exporter au comptable.
Tracky part de l’autre bout, et il vaut mieux lire cette liste avec ses paliers que d’un bloc. Dès Solo, à 19,99 € : clients et leads, devis, factures et avoirs, bons de livraison et bons de commande, e-facturation, notes de frais et OCR, connexion bancaire, rapprochement et export FEC, projets, planning et suivi du temps, portail client, sites vitrines, domaines et DNS, application mobile. Dès Pro, à 49,99 € : prospection et séquences de relance, emailing, réseaux sociaux, boutique et commandes, congés et export de paie, automatisations et assistant IA, chat natif, facturation récurrente. Sur Infinity : SMS, WhatsApp et Messenger, visio, marque blanche, automatisations avancées.
La question n’est donc pas « lequel facture le mieux », mais « combien de lignes d’abonnement je remplace ». Si vous payez déjà un CRM, un outil de projet, un hébergeur et un outil d’emailing, l’addition change de nature ; si vous n’avez besoin que d’un compte et de vingt factures par mois, l’argument tombe. Même raisonnement face à l’autre néobanque pro, Tracky vs Qonto ; sur le logiciel seul, Tracky vs Zervant compare l’ancêtre direct de Shine Facture.
Un mot sur ce qui domine les avis négatifs : les blocages de compte et de virements, thème numéro un des notes 1 et 2 étoiles. Shine invoque ses obligations de lutte contre le blanchiment, et c’est recevable ; reste que pour un indépendant, un compte gelé quelques jours, c’est la trésorerie à l’arrêt.
Migrer depuis Shine
Ce qui se récupère. Côté compte pro, les écritures s’exportent en CSV, OFX ou QIF, avec transactions et justificatifs — le CSV porte deux dates, initiation et valeur, là où QIF et OFX n’en portent qu’une. Ces exports se planifient mensuellement vers l’adresse du comptable. Côté Shine Facture : PDF, HTML, CSV, Excel et ZIP, couvrant catalogue d’articles, contacts, factures, achats, écritures et relevés clients, avec un dossier par écriture et ses pièces jointes.
Ce qui se reconstruit. Aucun export FEC normalisé n’est documenté côté Shine : un export CSV de transactions bancaires n’en est pas un. Tracky, lui, sort un FEC au format légal avec les journaux. Surtout, nous n’avons trouvé aucune documentation sur un export en masse des factures aux formats Factur-X, UBL ou CII pour une reprise dans une autre plateforme agréée — l’enjeu numéro un d’une migration post-réforme. À confirmer auprès du support avant de décider.
Les pièges. L’export n’existe pas sur l’application mobile, uniquement sur le web. La clôture exige un solde strictement à 0 € : un simple abonnement impayé la bloque pendant que les frais courent. Et la fermeture du compte fait disparaître immédiatement l’accès aux factures ; redemander ses archives au support prend « plusieurs semaines ». Donc : exportez tout avant de clôturer, jamais après. Notons aussi l’absence d’API publique en libre-service — les mentions d’« API directe » désignent des connecteurs partenaires négociés. Tracky en expose une de son côté, avec des clés à générer depuis l’application : une reprise scriptée ou un échange avec un outil maison restent possibles sans passer par un accord commercial.
Quand Shine reste le meilleur choix
Si votre besoin premier est bancaire. Tracky n’ouvre pas de compte, n’émet pas de carte et n’encaisse pas de chèques. IBAN français, Mastercard, sous-comptes pour provisionner la TVA : c’est le métier de Shine. Rien n’empêche de la garder comme banque et de piloter la gestion ailleurs.
Si le budget est la contrainte numéro un. Un compte pro à 0 € avec IBAN, carte et 5 virements SEPA par mois, plus un outil de facturation gratuit à devis et factures illimités : c’est un plancher difficile à concurrencer pour qui démarre.
Si vous voulez un humain au bout du fil. « Service Client de l’Année » plusieurs années de suite, support 7j/7, notes élevées sur les stores. La réserve porte sur les dossiers hors script et sur l’absence de ligne téléphonique directe, réservée aux offres supérieures.
Si votre cabinet impose son connecteur. Plus de 30 intégrations nommées : Pennylane, Dext, Cegid Quadra, Expert et Loop, MyUnisoft, Sage, Agiris, Tiime, Evoliz, EBP, Indy, Dougs, jedeclare. Quand le comptable sait déjà où cliquer, cette familiarité se compte en heures. Tracky prend le problème par l’autre bout : moins de connecteurs nommés, mais un export FEC au format légal et les journaux.
Un reproche fréquent qui ne s’applique pas à Shine : l’engagement. Toutes les formules sont résiliables à tout moment, et l’annuel n’enferme pas davantage : 108, 240 et 720 € font exactement douze mois de 9, 20 et 60 €, sans remise. Le seul véritable enfermement est technique : l’accès qui saute à la clôture.
Questions fréquentes
Shine est-il une plateforme agréée pour la facturation électronique ?
Oui, immatriculée par la DGFiP, avec renvoi vers la liste officielle d’impots.gouv.fr. La nuance porte sur la maturité : la réception est opérationnelle, mais le centre d’aide indique que l’émission « est encore en développement », disponible avant septembre 2027.
L’offre gratuite de Shine est-elle limitée à 3 factures par mois ?
Non, c’est une erreur reprise par plusieurs comparateurs. La page officielle annonce des devis et factures illimités sur toutes les formules. La limite du palier gratuit porte sur le nombre de clients — cinq — plus l’absence de conversion devis → facture et un quota de 10 OCR.
Combien coûte Shine pour une équipe de trois personnes ?
Free et Start sont mono-utilisateur : il faut Plus à 20 € HT/mois, qui inclut un accès, puis 5 € HT par accès supplémentaire — soit 20 + 2 × 5 = 30 € HT/mois à trois. Accès illimités seulement en Business, à 60 € HT/mois. Chez Tracky, trois personnes tiennent dans Pro à 49,99 €/mois, qui va jusqu’à cinq sièges sans supplément ; ce plafond est dur, et au-delà il faut Infinity à 150 €/mois, sièges illimités facturés 5 € HT/mois chacun dès le premier.
Peut-on utiliser Shine Facture sans le compte bancaire Shine ?
Oui. Shine Facture est un logiciel autonome, héritier de Zervant, utilisable sans compte bancaire Shine et sans engagement. C’est ce qui en fait un concurrent sur le seul terrain de la facturation.
Que deviennent mes factures si je ferme mon compte Shine ?
Sur l’offre intégrée, la facturation est liée au compte bancaire : à la clôture, les accès disparaissent immédiatement, factures comprises. Exportez tout avant. La clôture exige un solde strictement à 0 €, et la récupération manuelle des archives prend plusieurs semaines.
Shine a-t-il été racheté par Cegid ?
Oui. Fondée en 2018, rachetée par Société Générale en 2020, revendue au danois Ageras en 2024 avec validation de l’ACPR le 30 janvier 2026, puis rachetée par Cegid, clôture en juin 2026, pour plus d’un milliard d’euros.
En résumé
Shine est un bon compte pro français, gratuit à l’entrée, servi par un support reconnu et adossé à Cegid. Sa facturation suffit à un indépendant à faible volume. Ses limites sont ailleurs : un modèle de sièges qui pousse vite vers l’offre haute, des frais au fil de l’eau, une émission de factures électroniques encore annoncée comme en développement, et une sortie où l’on récupère ses chiffres mais ni un FEC, ni des factures au format réglementaire structuré.
Tracky répond à une autre question : réunir la relation client, la vente, la facturation électronique via une plateforme agréée, les projets, la trésorerie et la présence en ligne au même endroit dès Solo — la prospection, la boutique, les congés et l’export de paie arrivant dès Pro. Le cadre est simple à retenir : Solo pour une personne, Pro jusqu’à cinq sièges, Infinity au-delà avec des sièges illimités à 5 € HT/mois chacun. Ce n’est pas une banque et n’a pas vocation à en remplacer une. Pour juger sur pièces, les 14 jours d’essai se lancent sans carte bancaire — la transmission à la plateforme agréée, elle, s’active à l’abonnement, le raccordement demandant quelques jours.